Faculté des sciences

Agassiz face à la diversité des races humaines

Schaer, Jean-Paul

In: Bulletin de la Société Neuchâteloise des Sciences naturelles, 2007, vol. 130, no. 1, p. 49-63

II y a quelques années déjà, le biologiste Stephen Jay Gould dénonçait les propos racistes de Louis Agassiz, en révélant les commentaires qu'il adressait à sa mère après ses premiers contacts avec les Noirs. Avec d'autres, il admettait que c'est après cette pénible rencontre et sa visite au Dr Morton, un spécialiste de l'étude comparative des crânes, que le savant suisse se serait... Plus

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    Résumé
    II y a quelques années déjà, le biologiste Stephen Jay Gould dénonçait les propos racistes de Louis Agassiz, en révélant les commentaires qu'il adressait à sa mère après ses premiers contacts avec les Noirs. Avec d'autres, il admettait que c'est après cette pénible rencontre et sa visite au Dr Morton, un spécialiste de l'étude comparative des crânes, que le savant suisse se serait engagé dans la défense du polygénisme, une doctrine pouvant être défavorable à l'image des gens de couleur. Il reprochait également à Agassiz les commentaires qu'il avait adressés à un collaborateur du président Lincoln pour lui faire part de ses idées concernant l'avenir des esclaves au sortir de la guerre de sécession. Ces accusations ont été dernièrement réitérées en Suisse par l'historien Hans Faessier qui a proposé de débaptiser l'Agassizhom, le sommet honorant la mémoire du savant. Le député C. Sommaruga a repris cette proposition et les accusations visant Agassiz dans une interpellation présentée au Conseil National.
    Au début du XVIII™' siècle, le monde occidental dominateur est persuadé que la race blanche se trouve placée au sommet de la hiérarchie humaine, alors que les autres ethnies, souvent dégénérées, y occupent des positions inférieures. Cette attitude conduit à de fréquents commentaires racistes qu'on retrouve chez Agassiz. Celui-ci partage également le préjugé que les métis n'ont que les travers des races dont ils sont issus, mais n'en possèdent aucune des qualités. Cette attitude, peu glorieuse pour un scientifique, est renforcée chez Agassiz par sa défense de la fixité de l'espèce, un concept qui est au centre du système biologique qu'il défend et qu'il s'efforce d'imposer. Elle le conduit à proposer la ségrégation des races, afin d'en maintenir la pureté.
    On a oublié qu'avant son départ de la Suisse, Agassiz avait déjà publié des articles et donné une conférence où il proposait que les différentes races humaines avaient été créées en des lieux différents de la planète. Ce sont donc ses propres recherches et non pas les apports américains qui l'ont engagé dans la voie du polygénisme.
    Lors du voyage qu'il effectue au Brésil en 1865, Agassiz réitère ses préjugés contre les métis, mais il s'élève également avec vigueur contre les méfaits de l'esclavagisme. Ce dernier point est régulièrement ignoré de ses détracteurs.
    Homme de son temps, plus engagé que d'autres dans le débat des races humaines, Agassiz n'est pas parvenu à se détacher des préjugés qui ont marqué son époque. Il n'en sort pas grandi, mais il nous paraît faux de le considérer comme ayant été globalement au-delà des égarements de la majorité de ses contemporains.
    Summary
    Several years ago, the biologist Stephen Jay Gould criticized racist remarks made by Louis Agassiz, citing comments made to his mother after his first contact with Blacks. Gould and others admitted that it was after this disagreeable encounter and his visit to Dr. Morton, a specialist in comparative skull studies, that he became active in defence of polygenism, a doctrine that could be unfavourable for thé image of Blacks. Gould also criticized Agassiz for comments made to a collaborator of President Lincoln's, concerning the future of slaves at the end of the American Civil War. These accusations have been recently reiterated in Switzerland by historian Hans Faessler who proposed renaming the Agassizhom, the peak honouring the memory of Agassiz. Deputy C. Sommaruga introduced this proposal and the accusations against Agassiz in a question presented to the National Council.
    At the beginning of the 18th century, the dominating western world was persuaded that the white race was at the top of human hierarchy, whereas other ethnic groups, often degenerate, had inferior positions. This mindset led to frequent racist comments made by Agassiz. He also shared his prejudice that the Metis accumulated only the negative traits of races from which they came and not the positive. This attitude, which is not very glorious for a scientist, was reinforced in Agassiz by his defence that species are fixed entities. This concept was at the centre of the biological system that he defended and tried to impose. This theory led him to propose the segregation of races, in order to maintain their purity.
    It is forgotten that before his departure from Switzerland, Agassiz had already published articles and given conferences in which he proposed that different human races had been created on different parts of the planet. Therefore, it was his own research and not those of Americans that led him down the road ofpolygenism.
    During a visit he made to Brazil in 1865, Agassiz reiterated his prejudice against the Metis, but he also took a strong stand against slavery. This last point is usually ignored by his detractors.
    A man of his time, more involved than most in the debate of human races, Agassiz was not able to rise above the prejudices of the time. Although his comments have tarnished his reputation, it seems unfair to consider him as having been more radical on the subject than the majority of his contemporaries.