Le coton et les politiques protectionnistes : le cas du Burkina Faso

Simpore Bieri, Pazingba Céline ; Ferro Luzzi, Giovanni (Dir.)

Mémoire de diplôme HES : Haute école de gestion de Genève, 2007 ; TDEE 53.

Ce travail de diplôme s’intéresse aux effets produits par les subventions octroyées principalement par les pays du Nord au secteur cotonnier sur les pays ouest-africains, en portant un regard particulier sur le Burkina Faso qui est devenu il y a deux ans le premier producteur de coton africain. Ce petit pays d’Afrique de l’Ouest offre un exemple paradigmatique à la problématique vaste... Plus

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    Résumé
    Ce travail de diplôme s’intéresse aux effets produits par les subventions octroyées principalement par les pays du Nord au secteur cotonnier sur les pays ouest-africains, en portant un regard particulier sur le Burkina Faso qui est devenu il y a deux ans le premier producteur de coton africain. Ce petit pays d’Afrique de l’Ouest offre un exemple paradigmatique à la problématique vaste et complexe des subventions. En effet, le secteur cotonnier est ce que l’on pourrait appeler une réussite et offre une manne importante de devises étrangères à son gouvernement. Le coton représente le principal secteur des exportations avec près de 60%. Le différend porté devant l’OMC par le Burkina Faso et trois autres pays de l’Afrique de l’Ouest qui vise à supprimer toutes les subventions sur le marché cotonnier a propulsé sur la scène médiatique et politique la problématique des subventions et mis en avant la situation de crise des filières cotonnières ouest-africaines. Ce travail de diplôme est le fruit d’une interrogation : l’aspect distorsif des subventions sur le marché mondial du coton est certes reconnu et évident (et la lutte pour leur suppression est légitime), mais est-ce que leur seule suppression est la réponse à ce problème ? Est-ce que les pays ouestafricains en bénéficieront-ils vraiment ? N’y a-t-il pas d’autres éléments à prendre en compte pour comprendre ce marché extrêmement complexe ? L’analyse d’une dizaine de modèles qui étudient les effets de la suppression des subventions sur le marché mondial du coton m’ont permis de relativiser l’importance et l’effet d’entraînement qu’entrainerait leur suppression sur le prix mondial du coton et sur les marchés ouest-africains et burkinabé en particulier. L’extrême variabilité des résultats des modèles analysés permettent de tirer deux leçons : la complexité de la modélisation et la difficulté d’obtenir des chiffres fiables ou exhaustifs. N’oublions pas que le domaine des subventions est hautement politique et que la divulgation des chiffres est soit entachée d’imprécision ou soit est tout simplement inexistante. Un grand nombre de ces modèles doivent donc procéder par estimation rajoutant une incertitude de plus pour les analyses. Toutefois, au-delà de ces remarques préliminaires, il m’a été possible de tirer quelques conclusions instructives. Tout d’abord, les meilleures analyses (et les plus réalistes) tablent sur une augmentation maximale de 10% du prix mondial du coton suite à leur suppression totale et cet effet n’est pas garantit sur le moyen terme, l’effet d’entrainement ne serait donc que temporaire. Les pays africains ne capteraient pas forcément tous les effets de cette suppression, même si leur manque à gagner se situe en dizaine de millions de dollars (350 millions pour le modèle le plus optimiste), car l’Australie et le Brésil sont aussi extrêmement compétitifs et risquent de capter rapidement les effets de la suppression. Cette analyse met aussi à mal certaines idées reçues qui ne se focalisent que sur les effets bénéfiques (et discutables) des suppressions des subventions pour expliquer l’état de crise des filières cotonnières ouest-africaines. Il ne s’agit en aucun cas de nier l’effet distorsif des subventions, mais de s’interroger sur les véritables facteurs explicatifs que courent les filières cotonnières ouest-africaines et burkinabé qui malgré les productions records des deux dernières campagnes est dans une situation catastrophique. La lutte du gouvernement burkinabé pour la suppression des subventions ne serait que l’arbre qui cache la forêt et ne permettrait pas une véritable analyse de la situation de crise. Je montre dans la dernière partie de mon travail que les éléments endogènes aux filières cotonnières africaines ont plus de poids et de responsabilité que les facteurs exogènes dans la crise actuelle. La focalisation unique sur les subventions ne permettrait pas de se poser les bonnes questions. En effet les bases institutionnelles pour renforcer la compétitivité des pays ouestafricains sont fragiles et les institutions en place qui devraient plutôt servir à canaliser les ressources et les moyens vers les fermiers servent en réalité à les éloigner comme nous le montre l’exemple du Burkina Faso. Les subventions n’expliquent pas tout et il s’agit de porter un regard dépolitisé sur cette situation. La compétitivité des filières cotonnières africaines est fortement remises en cause (même si la dévaluation du franc CFA a comblé certains handicaps) et les pays ouest-africains malgré la qualité supérieure de leur coton n’arrivent pas à le valoriser sur le marché (à l’opposé de que font les Australiens) et se concurrencent sur le même créneau au lieu de coordonner leurs ventes. Le fonctionnement oligopolistique du marché cotonnier (en particulier ouest-africain) est de plus un facteur pondérant l’effet de l’augmentation du prix mondial du coton. Et, malheureusement, cet aspect n’est que rarement relevé dans les nombreuses études qui s’intéressent à ce domaine. Les subventions ne sont en fait qu’un élément parmi d’autres pour expliquer l’état de crise actuel des filières ouest-africaines et burkinabé, et pas forcément le plus important, n’en déplaise aux acteurs politiques concernés ou organisations non gouvernementales impliquées.