Faculté des lettres et sciences humaines

L'exploitation de l'Okok (Gnetum Africanum) par les femmes au Caméroun : analyse sociologique de l'émergence d'une cueillette de rente et de ses implications socioéconomiques et environnementales dans la région forestière de Sa'A

Nlend V, George Boniface ; Hainard, François (Dir.)

Mémoire de diplôme universitaire : Université de Neuchâtel, 2007.

Ce projet de recherche repose sur la préoccupation professionnelle de construire une problématique générale “Femmes, Environnement et Développement durable”. Son objectif est de créer les conditions structurelles d’une association efficace entre d’un côté les préoccupations de renforcement des capacités économiques et citoyennes des femmes, et de l’autre le souci de densifier... Plus

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    Résumé
    Ce projet de recherche repose sur la préoccupation professionnelle de construire une problématique générale “Femmes, Environnement et Développement durable”. Son objectif est de créer les conditions structurelles d’une association efficace entre d’un côté les préoccupations de renforcement des capacités économiques et citoyennes des femmes, et de l’autre le souci de densifier l’univers des potentiels humains de viabilisation des écosystèmes et de conservation des ressources écologiques. A cet effet, l’optique de dessiner une activité pertinente à partir des problèmes socio-économiques réels, des besoins effectifs des femmes et des populations ainsi que des enjeux environnementaux tangibles, a conduit à la formulation d’un prétexte méthodologique de recherche qui devait permettre d’une part un réexamen critique des postulats avancés par les Nations Unies et plusieurs organismes internationaux affirmant la densité de la relation entre les femmes et l’environnement, et d’autre part la détermination des implications sociales, économiques, environnementales et institutionnelles majeures qui en seraient mobilisées. L’identification du phénomène de cueillette rentière du Gnetum africanum par les femmes de la région de Sa’a en zone forestière au Cameroun a ainsi suggéré des perspectives optimales aussi bien de recherche que d’action et découvert un important potentiel théorique et opérationnel à vocation socio-économique. L’utilisation combinée de la Grounded Theory et de l’approche systémique a facilité la détermination et l’articulation des implications sociales, économiques, écologiques et institutionnels auxquelles l’exploitation de l’okok donne lieu, et finalement la formulation des enjeux les plus essentiels en question. Elle a également permit d’observer l’évolution de l’influence structurelle du contexte économique sur la culture et les modes de fonctionnement des populations de même que sur les déterminants des dynamiques aussi bien quant aux rapports sociaux de sexe, qu’en tant que mutations intervenues dans les conditions de vie des femmes, emportées au quotidien dans la gestion d’une sorte d’embarras existentiel où se vit la contradiction entre les besoins économiques de survie qui appellent à une exploitation sans repos des ressources forestières, et l’incapacité de s’arrêter et de faire une pause régénératrice, en face de l’inexorable disparition à vue d’oeil de ces ressources. La disqualification du schéma économique ancien et l’affirmation prédominante des activités jadis réservées aux femmes, ont stigmatisé certains dysfonctionnements réels de genre et cristallisé la place centrale ainsi que l’importante responsabilité sociale de la femme, l’impact conséquent de l’assomption qu’elle fait de ses rôles de re-création sociale, dans la stabilité des ressources des écosystèmes, et la nécessité d’une sensibilisation des politiques économiques environnementales aux exigences du développement durable. Les conséquences de la crise économique ont ouvert une ampleur nouvelle à la socialité de la femme et jeté un éclairage pertinent sur les déficiences institutionnelles et leur impact structurant global, la densification des responsabilités sociales des femmes mais aussi leurs faiblesses citoyennes ; elles ont également découvert l’influence avérée aussi bien que le potentiel remarquable d’une ressource sauvage non ligneuse dans la microéconomie et la survie des populations. Le visage du statut social que la femme assume avec l’avènement de la nouvelle économie dévoile non seulement le caractère incident de l’analyse du point de vue du système patriarcal de domination mais surtout son intérêt résiduel. Il s’avère dès lors qu’à défaut de parler de la réalité d’un problème économique structurel, le problème des femmes tel qu’il se dégage à travers l’exploitation de l’okok ne réside pas dans la nature ou le type de leur rapport culturel aux hommes. Ce rapport semble de négociation, d’entente ou de gestion permanente des contre-équilibres ; il procède d’une vision plutôt identitaire, organique et efficace de la société dans laquelle la cristallisation des identités sexuelles par la différenciation de principe des positions et des activités, semble constituer un socle central de viabilisation de la société. Au lieu d’être un instrument de promotion et d’amélioration des capacités économiques et citoyennes de la femme et de son environnement naturel et social, l’activité d’exploitation de l’okok semble plutôt constituer un facteur dysfonctionnel. Non seulement la faiblesse de la prise en charge structurelle de la filière provoque une exploitation frénétique qui maintient la pauvreté sociale et intensifie la pression sur les écosystèmes, mais en plus, tout en affrontant l’adversité des obstacles et dangers de la cueillette en forêt, les femmes doivent faire face à d’autres types de contraintes telles que les résistances diffuses sur l’extension incontrôlée dans leur liberté de mouvement. La formulation d’un projet d’optimisation de l’économie du Gnetum par la saisie des implications sociales et environnementales de l’activité des femmes dans ce domaine, confirme la pertinence opératoire de l’approche genre : en relevant la qualité de la participation à la socialité des différents groupes sociaux, elle a favorisé l’identification des facteurs dysfonctionnels mais aussi optimisants, et les a restitué rétroactivement comme constitutifs d’une seule dynamique sociale. Il en émerge en fin de compte la nécessité d’élaborer les bases théoriques pertinentes du Programme de durabilisation de l’économie du Gnetum africanum au Cameroun, autour d’une triple orientation opérationnelle reposant sur une action, primo de citoyennement des femmes, secundo de viabilisation du cadre institutionnel de gestion de la filière, et tertio de motivation aussi bien d’un projet de domestication de l’okok que d’une démarche de développement des potentiels industriels alimentaires, agro-alimentaires et pharmaceutiques de cette plante.
    Summary
    This research proposal is based on the vocational requirement to formulate a general research problematic on the theme “Women, the Environment and Sustainable Development”. The objective is to create structural conditions for the effective integration of concerns to build the economic and citizenship capacities of women and to boost human potentials in ecosystem improvement and ecological resource conservation. To that end, the design of a relevant activity on the basis of actual socio-economic problems, felt needs of women and the population, as well as concrete environmental challenges, led to the adoption of a research methodology to allow the critical examination of hypotheses put forward by the United Nations and several international organizations to buttress the idea of an increased relationship between women and the environment, on the one hand, and to determine major resultant social, economic, environmental and institutional implications, on the other. The harvesting of Gnetum africanum by women in Sa'a Region, situated in the forest area of Cameroon, therefore presented good prospects for research and action, and significant socioeconomic theoretical and operational potentials. The use of the Grounded Theory and the Systemic Approach facilitated the identification and presentation of social, economic, ecological and institutional implications of the exploitation of okok, and the formulation of major stakes of the activity. It also enabled the observation of the evolution of the structural influence of the economic factors on culture and the interaction of the population on dynamics, as well as gender relationships, as changes in the living conditions of women, who try daily to manage an upsetting fight for continued existence characterized by a contradiction between the need for survival which necessitates the continuous exploitation of forest resources, and the inability to take off to rest, against a backdrop of the inevitable depletion of forest resources. The abandonment of the old economic order and the prominence of activities hitherto reserved for women caused gender dysfunctions and increased the role and social responsibility of women, the real influence of the women’s assumption of their social role, and the raising of awareness on environmental economic policies to promote sustainable development. The consequences of the economic crisis assumed a new dimension with the increased role of women in society and threw more light on institutional shortcomings and structural impact, the increase in social responsibilities of women, and their low level of citizenship. They have also led to the discovery of the role and huge potential of non-woody resources in the microeconomic level and survival of the population. With the advent of the after-crisis economic paradigm, the social status of women presents a supplementary aspect for analysis from the standpoint of the patriarchal system of domination, as well as it importance. The absence of discussion on structural economic problems and the problems faced by women with regard to the exploitation of okok are not based on the nature or type of cultural relationships between women and men. These relationships are based on negotiation, agreement or on the permanent management of counter-equilibriums. They relate to an identity, organic and positive vision of society in which the crystallization of gender identities through the differentiation of positions and activities forms the basis for social development. Rather than an instrument for promoting and improving the economic and citizenship capacities of women and their natural and social environment, the exploitation of okok is a dysfunctional factor. The poor organization of the sector leads to erratic exploitation which promotes social poverty and intensifies pressure on ecosystems. Furthermore, women face other constraints such as diffused resistance on their freedom of movement, as well as obstacles and dangers involved in the harvesting of the plant from the forest. The design and execution of a project to optimize economic activities centred on the Gnetum through the mastery of the social and environmental aspects of the activity carried out by women confirms the operational relevance of adopting a gender approach. The focus on the quality of participation in different social groups enhanced the identification of dysfunctional and optimal factors, and presented them as the constituent elements of a single social dynamic. In the final analysis, there is need to work out relevant theoretical bases for the setting up and implementation of a Sustainability Gnetum Africanum Exploitation Programme in Cameroon, on a three-fold operational orientation based on citizenship empowerment action of women, the development of an institutional framework for the management of the sector, and the implementation of a project to domesticate the okok plant and enhance the agro-food and pharmaceutical industrial potentials of this plant.