Faculté des lettres et sciences humaines

Innovations techniques et production de sens au sein d’une association de safraniers dans le Quercy (France)

Tolivia, Sandrine ; Geslin, Philippe (Dir.) ; Ghasarian, Christian (Codir.)

Thèse de doctorat : Université de Neuchâtel, 2007 ; Th.1968.

Depuis 2002, l’Association des safraniers du Quercy constitue « mon terrain ». Après avoir mené des recherches ethnohistoriques sur le safran dans le Quercy, j’ai participé activement à la vie de l’Association en organisant des voyages en Suisse, au Maroc et en Italie. Ces derniers ont duré une semaine chacun entre février et mars et ont eu lieu respectivement en 2004, 2005 et 2006.... Plus

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    Résumé
    Depuis 2002, l’Association des safraniers du Quercy constitue « mon terrain ». Après avoir mené des recherches ethnohistoriques sur le safran dans le Quercy, j’ai participé activement à la vie de l’Association en organisant des voyages en Suisse, au Maroc et en Italie. Ces derniers ont duré une semaine chacun entre février et mars et ont eu lieu respectivement en 2004, 2005 et 2006. Au cours de mon terrain auprès des producteurs, j’ai donc été le témoin direct de la constitution et de l’évolution d’un collectif qui s’est regroupé autour de la production de l’épice. J’ai pu observer des dynamiques d’innovations techniques et de construction de liens sociaux. Les décentrements ont favorisé la cohésion du groupe en permettant aux membres du collectif de se positionner par rapport à ce qu’ils ont découvert, de prendre conscience de leurs valeurs communes et de construire un répertoire commun constitutif d’une identité collective. Mon rôle de chercheur et mon implication dans l’élaboration de mon objet d’étude soulignent la nature dialectique entre engagement et distanciation laissant apparaître une interrogation éthique sur la pratique de la recherche. Les dynamiques que j’ai observées durant ces séjours et la façon dont les acteurs leurs donnent sens, me permettent de démontrer que le décentrement permet de renforcer les relations sociales entre les individus. La phase de co-construction identitaire est synonyme de négociation de sens, caractérisée par un jeu d’influence réciproque entre les représentations cognitives individuelles et collectives, les objets et le contexte de l’action. Ce processus impulsé par les décentrements participe à la cohésion entre les membres du groupe car il les force à interagir et à définir des références et des significations communes. La construction de cette identité collective est matérialisée à travers différents vecteurs, des objets du quotidien notamment, qui permettent au chercheur de « pister » les relations sociales et d’évaluer la force des liens qui les maintiennent. L’existence de ces objets permet de suivre la négociation de sens au sein du collectif et de mettre en évidence les mécanismes d’influence réciproque entre les systèmes cognitifs et le contexte de l’action. Cette approche, qui permet de s’interroger sur ce qui fonde le lien social et sur la relation entre les sujets, les objets et l’environnement dans la construction du social, conjugue à la fois la théorie de l’acteur réseau, l’approche de Wenger sur les communautés de pratiques et la théorie de l’action située et de la cognition distribuée.