Faculté des sciences

Les cinquantes premières années des Eclogae geologicae Helvetiae : au service des géologues suisses et de la géologie

Schaer, Jean-Paul

In: Swiss Journal of Geoscience, 2007, vol. 100, no. 1, p. 5-22

La fondation tardive de la Société géologique suisse en 1882 puis, en 1888, le lancement de son bulletin, les Eclogae Geologicae Helvetiae, sont partiellement liés à la structure fédérative de la Suisse de cette époque, à la vitalité des sociétés scientifiques locales ainsi qu'aux nombreuses activités géologiques que la Société helvétique des Sciences naturelles... Plus

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    Résumé
    La fondation tardive de la Société géologique suisse en 1882 puis, en 1888, le lancement de son bulletin, les Eclogae Geologicae Helvetiae, sont partiellement liés à la structure fédérative de la Suisse de cette époque, à la vitalité des sociétés scientifiques locales ainsi qu'aux nombreuses activités géologiques que la Société helvétique des Sciences naturelles (SHSN) entretient alors dans le pays. Cette dernière, par l'intermédiaire de sa Commission géologique et avec l'aide d'une poignée de collaborateurs, édite de remarquables monographies régionales qui comblent de nombreuses attentes (Beitrage wr Geologischen Karte der Schweiz / Matériaux pour la Carte Géologique de la Suisse). C'est l'intérêt de donner une assise formelle aux excursions géologiques organisées dans le cadre de la SHSN ainsi que le désir d'associer l'ensemble de la communauté géologique aux efforts de synthèses qui se manifestent alors sur le plan international, qui conduisent finalement à la naissance d'une société géologique suisse ouverte à chacun et à la publication des Eclogae. A ses débuts, cette revue, enmenée par un groupe de géologues de la Suisse Romande, s'est distinguée par une volonté de rassembler toutes les forces nationales actives de la discipline, en les plaçant au-dessus des séparations linguistiques du pays et des régionalismes locaux. Les importantes contributions géologiques suisses de cette époque, les grandes synthèses et celles marquées par des idées nouvelles continuent cependant de paraître dans les revues locales. Celles-ci sont particulièrement actives à Genève et à Lausanne (avec Schardt et Renevier et dans une certaine mesure A. et E. Favre), à Zurich (avec Heim) et à Baie (avec Buxtorf). Ce sont elles qui éditent les travaux marquants de Schardt sur les Préalpes, de Buxtorf sur le décollement du Jura. C'est également dans ces médias et dans les Matériaux que sont publiés la majorité des résultats acquis lors du percement des tunnels du Jura et des Alpes (Simplon). Alors que la Commission géologique et les Sociétés locales éditent ces travaux de première valeur, les Eclogae, où la langue française est d'abord dominante, publient des comptes rendus d'excursion, des données géologiques locales, intéressantes certes, mais d'importance plus modeste. Très souvent ces notes sont reprises des publications des sociétées locales. Les Eclogae se distinguent par la publication la Revue géologique suisse qui analyse de façon remarquable l'ensemble des travaux géologiques consacrés à la Suisse et aux régions avoisinantes.
    Au-delà de la première guerre mondiale, d'importantes modifications marquent les Eclogae :
    a) l'abandon de la Revue géologique suisse
    b) la disparition des notes de minéralogie et pétrographie publiées dans le Bulletin suisse de Minéralogie et Pétrographie
    c) l'introduction des notes de la Société suisse de paléontologie
    d) la nommination du Dr Aug. Tobler en tant que rédacteur et la publication des Eclogae par Birkhilser à Baie, en remplacement de Birdel à Lausanne
    e) la publication d'importantes études régionales suisses ainsi que des notes de qualité se rapportant tant à la Suisse qu'à des territoires d'outre-mer.
    Ce dernier changement renforce la position des Eclogae sur le plan national ainsi que chez les géologues suisses expatriés dont le nombre est en forte croissance. L'importance donnée aux travaux de géologie structurale et de micropaléontologie, deux disciplines alors en plein développement, augmente sensiblement l'attention internationale témoignée aux Eclogae qui se signalent par une édition au graphisme soigné particulièrement appréciée dans ces milieux.
    Summary
    The late founding of the Société géologique Suisse (Swiss Geological Society) in 1882 and then in 1888, the first publication of its bulletin, the Eclogae Geologicae Helvetiae, are partly related to the federative structure of Switzerland at the time, the vitality of local scientific societies, as well as numerous geological activities that the Société helvétique des sciences naturelles (Helvetic Society of Natural Sciences, SHSN) maintained within the country. The latter, through the intermediary of its Geological Commission and with the help of a handful of collaborators, edited remarkable regional monographs (Beiträge zur Geologischen Karte der Schweiz / Matériaux pour la Carte Géologique de la Suisse / „Materials“ for the Geological Map of Switzerland). It was the formal organization of the geological excursions within the framework of the SHNS, as well as the desire to involve the whole of the geological community to participate in reviews for an international readership, which finally led to the origin of the Société géologique Suisse (Swiss Geological Society), open to everyone, and the publication of the Eclogae. In its beginnings, this journal, led by a group of Swiss geologists from the French part of Switzerland, distinguished itself through the will to unite all national organizations active in the discipline, overcoming linguistic differences within the country and local regionalisms. Nevertheless, the important Swiss geological contributions of this period, the comprehensive reviews, and papers that brought forth new ideas, continued to appear in the Matériaux annd in local journals. These latter were particularly active in Geneva and Lausanne (with Schardt and Renevier and to a certain extent A. and E. Favre), in Zurich (with Heim), and in Bale (with Buxtorf). These were the journals that published the noteworthy works of Schardt on the Prealps, and Buxtorf on the décollement zone in the Jura Mountains. It was also these local journals and Matériaux that published the majority of results acquired during the construction of the tunnels in the Jura and the Alps (Simplon). Whereas the Geological Commission and local societies edited the important manuscripts, the Eclogae (mostly in French) published more minor (but certainly interesting) field excursion proceedings and local geological data. These notes were very often taken from publications by local societies. The Eclogae distinguished itself by the publication of the Revue géologique Suisse (Geological Review of Switzerland) , which was remarkable in its analysis of all geological published work related to Switzerland and neighbouring countries.
    After World War II, important changes affected the Eclogae, these included:
    a) the abandonment of the publication of the Geological Review of Switzerland;
    b) the abandonment of mineralogical and petrological notes theen published in the new Bulletin suisse de Minéralogie et Pétrographie (Swiss Bulletin of Mineralogy and Petrology);
    c) the introduction of notes by the Sociéte Suisse de paléontologie (Swiss Paleontological Society);
    d) the nomination of Dr. Auguste Tobler as editor and the publication of the Eclogae by Birkhäuser in Bale, replacing Birdel in Lausanne;
    e) the publication of important Swiss regional studies, as well as excellent short notes pertaining as much to Switzerland as countries overseas.
    Theses changes reinforced the position of the Eclogae within the national geological community as well as for expatriate geologists, who were growing in number. The importance given to structural geology and micropaleontology, two disciplines undergoing rapid development, notably increased the international attention given to the Eclogae, which was reputed for its careful editing and graphics, a quality particularly appreciated by those working in these fields.