Faculté de théologie

Participantes à la résurrection : Marthe et Marie selon Jean 11, 1-45 et 12, 1-11 dans l'exégèse de Jean Chrysostome, Théodore de Mopsueste et Cyrille d'Alexandrie

Hauser-Borel, Sylvie ; Rordorf, Willy (Dir.)

Thèse de doctorat : Université de Neuchâtel, 2006 ; 1875.

L’objectif de cette thèse est de traiter l’ambivalence des textes fondamentaux du christianisme concernant la femme. - Comment comprendre la juxtaposition dans le Nouveau Testament d’affirmations aussi contradictoires que celles de Galates 3, 28 et 1 Timothée 2, 11-15 ? Une telle ambivalence se retrouve dans la littérature patristique, et tout au long de l’histoire du christianisme,... Plus

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    Résumé
    L’objectif de cette thèse est de traiter l’ambivalence des textes fondamentaux du christianisme concernant la femme. - Comment comprendre la juxtaposition dans le Nouveau Testament d’affirmations aussi contradictoires que celles de Galates 3, 28 et 1 Timothée 2, 11-15 ? Une telle ambivalence se retrouve dans la littérature patristique, et tout au long de l’histoire du christianisme, jusqu’à nos jours. Pour ouvrir des perspectives nouvelles à la réflexion sur le statut de la femme dans le christianisme, la recherche s’est concentrée sur l’interprétation patristique d’un texte canonique dépourvu de toute ambivalence : l’Évangile de Jean. Au centre même de cet évangile, deux femmes jouent un rôle primordial : Marthe y est présentée comme une partenaire prééminente de Jésus, dans un dialogue théologique d’une teneur intense. C’est à elle qu’il révèle qu’il est la résurrection et la vie (Jean 11, 25) ; c’est donc une femme qui reçoit la révélation christologique la plus accomplie de l’évangile. De plus, c’est elle aussi qui prononce la confession de foi la plus élaborée de l’évangile (Jean 11, 27). Marie, également, est investie d’un rôle clef : Son onction des pieds de Jésus (Jean 12, 3-8) ouvre le temps de la passion, de la mort et de la résurrection. Quant à la valeur et à la signification de son acte, elles seront reconnues par Jésus lui-même, par sa parole (Jean 12, 7-8) et par sa pratique (Jean 13, 5). - Comment les Pères de l’Église, souvent soupçonnés de misogynie, ont-ils interprété ces textes centraux qui offrent de quoi renouveler fondamentalement la compréhension de l’identité féminine pour le christianisme ? Origène est le premier exégète à avoir commenté l’Evangile de Jean dans son intégralité. Cependant son commentaire est actuellement trop fragmentaire pour permettre de reconstituer son approche de la question féminine. Ce sont quatre exégètes de « l’âge d’or patristique » qui apportent les premières grandes interprétations du 4e évangile : Jean Chrysostome et Augustin avec leurs homélies, Théodore de Mopsueste et Cyrille d’Alexandrie avec leurs commentaires. Augustin, dans ses homélies sur Jean 11 et 12, révèle une vision de la femme marquée par sa doctrine du péché originel, une vision empreinte de cette anthropologie pessimiste qui influencera l’Occident jusqu’à nos jours. Par contre, les trois Pères orientaux choisis pour cette recherche ouvrent des perspectives insoupçonnées en filigrane de leur exégèse johannique, une exégèse encore méconnue en Occident et qui, en grande partie, n’avait pas encore été traduite en français. Cette thèse contribue à combler cette double lacune. L’œuvre exégétique de ces trois théologiens grecs révèle une approche étonnante de la féminité. Par exemple, Chrysostome développe une anthropologie renouvelée en profondeur par le Christ et selon laquelle l’homme et la femme sont égaux en dignité : La femme, dans la mesure où elle vit une relation de foi avec le Christ, est libérée de la sujétion due au péché, et elle peut participer pleinement au salut, sans discrimination. Théodore, s’appuyant sur son exégèse de Jean 11 et 12, relativise les affirmations de 1 Timothée 2, 11-15 au sujet des femmes : Il interprète les paroles de Jésus concernant Marie (Jean 12, 7-8) dans le sens d’une réhabilitation plénière et définitive du genre féminin. Cyrille, dans une interprétation allégorique de Marthe, Marie et Lazare, renverse catégoriquement certains schémas anthropologiques qui, situant l’homme et l’esprit dans une relation privilégiée avec le divin, placent la femme et le corps tout en bas de la hiérarchie : Il reconnaît à la femme la capacité de collaborer à l’œuvre de résurrection accomplie par le Christ. Ces trois Pères témoignent d’une anthropologie foncièrement inclusive du féminin et du masculin. De manière inédite, l’approfondissement de leur démarche exégétique pourrait réorienter les « gender studies », non seulement en théologie, mais encore dans d’autres disciplines.