Faculté des lettres et sciences humaines

Gestion environnementale décentralisée de la réserve spéciale de Manongarivo (Nord-Ouest de Madagascar)

Spack, Simone ; Chiffelle, Frédéric (Dir.)

Thèse de doctorat : Université de Neuchâtel, 2005 ; 1846.

Cette étude entend démontrer l’impact de la politique environnementale malgache sur une aire protégée, en l’occurrence celle de la réserve spéciale de Manongarivo, située dans le nord-ouest de Madagascar. A cette fin, nous avons analysé la gestion locale décentralisée des ressources naturelles, entreprise par la population établie dans la zone périphérique. Considérée comme... Plus

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    Résumé
    Cette étude entend démontrer l’impact de la politique environnementale malgache sur une aire protégée, en l’occurrence celle de la réserve spéciale de Manongarivo, située dans le nord-ouest de Madagascar. A cette fin, nous avons analysé la gestion locale décentralisée des ressources naturelles, entreprise par la population établie dans la zone périphérique. Considérée comme principale responsable de la dégradation environnementale de la réserve, cette population se défend en invoquant le besoin inconditionnel de ressources naturelles en vue de satisfaire ses pratiques agro-sylvo-pastorales. Au sein de ces dernières, la culture itinérante sur brûlis pour la production du riz pluvial, appelée tetika ou tavy, occasionne annuellement des défrichements importants dans l’aire protégée. Les conditions cadres s’étant modifiées, les cultivateurs progressent inexorablement à l’intérieur de la réserve, sur des espaces forestiers situés de plus en plus en amont. Ni l’accès difficile à ces terres, ni même le degré important des pentes ne freinent cette dynamique. Soucieux de conserver un rendement agricole qui baisse annuellement, en raison d’une densité démographique croissante, des effets dévastateurs du feu ainsi que de la diminution du temps de jachère, les cultivateurs, en mal d’alternatives agricoles viables, s’attaquent à la forêt primaire, considérée comme unique ressource potentielle. Toutefois, nous avons observé que cette stratégie agricole répond à des stratégies endogènes, satisfaisant des besoins économiques, socio-culturels, fonciers, politiques, sylvicoles et pastoraux. Ces interrelations mettent en exergue de nouveaux acteurs, autres que les populations villageoises, et à qui ces défrichements profitent également. Ils en bénéficient sous forme de taxes, de revenus voire même d’alliance politique. Les avantages tirés de la déforestation de la réserve de Manongarivo se propage à l’échelle locale et régionale, et peut-être même à l’échelle nationale. Par ailleurs, en tenant compte de ces trois niveaux d’analyse, nous avons relevé des priorités environnementales divergentes qui s’avèrent difficilement conciliables, aussi longtemps que l’approche sectorielle subsiste. C’est pourquoi, nous avons mis en évidence la responsabilité du gouvernement colonial puis indépendant, dans l’avancée de la déforestation. Les politiques économiques respectives, orientées sur la propagation des cultures de rente, ont contribué aux défrichements. Dans ce sens, nous nous sommes concentré, dans la partie initiale de notre recherche, sur les enjeux de la politique nationale environnementale malgache. Nous les avons analysés dans le cadre de la problématique relevant de l’aide publique au développement dont dépend le secteur environnemental malgache. Tenant compte de la dépendance économique et politique qui conditionne dans une certaine mesure la politique environnementale de Madagascar, nous avons établi des parallèles avec la politique de décentralisation. Au terme de notre recherche, nous sommes en mesure de nuancer cette dépendance. Nos conclusions nous permettent d’avancer qu’à Madagascar, il existe une forme de co-gestion environnementale partagée entre le gouvernement et les bailleurs de fonds. Par ailleurs, les applications de la politique environnementale dans une zone aussi fortement décentrée que notre région d’étude sont faibles. Concernant les mesures de décentralisation, elles peuvent même, dans certains cas étudiés, engendrer un affermissement d’autorités locales, au détriment de la population locale. Ces résultats auxquels nous sommes parvenu ont été obtenus dans le cadre de notre thèse, effectuée en géographie humaine. Cette étude s’est appuyée sur la géographie quantitative dans ce sens où l’homme et son milieu sont placés au sein d’un système défini, qui induit des interactions spatiales, à l’échelle micro, méso et macro. Pour l’analyse de la structure du système, nous nous sommes attardé à identifier les stratégies endogènes observées. A l’aide de cette démarche, cinq hypothèses ont été formulées, dont une relevant de la problématique nationale et les quatre autres se focalisant sur l’échelle locale, voire régionale. Cette recherche a en outre bénéficié de l’approche multidisciplinaire du projet, dans lequel elle s’est inscrite.