Faculté des lettres et sciences humaines

Ethnographie de la constitution d'un problème de santé publique au Cameroun : l'exemple de l'ulcère de Buruli ou atom dans l'arrondissement d'Ayos

Laterali, Muriel ; Hertz, Ellen (Dir.)

Mémoire de diplôme universitaire : Université de Neuchâtel, 2005.

Ce travail aborde la constitution du problème de santé publique de l’ulcère de Buruli (UB) ou atom au Cameroun, qui est une affection due à une mycobactérie, Mycobacterium ulcerans. Cette dernière attaque les tissus sous-cutanés, s’étend en superficie, puis en profondeur, pour atteindre parfois les muscles et les os des personnes atteintes. La première partie de cette étude... Plus

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    Résumé
    Ce travail aborde la constitution du problème de santé publique de l’ulcère de Buruli (UB) ou atom au Cameroun, qui est une affection due à une mycobactérie, Mycobacterium ulcerans. Cette dernière attaque les tissus sous-cutanés, s’étend en superficie, puis en profondeur, pour atteindre parfois les muscles et les os des personnes atteintes. La première partie de cette étude présente des informations générales sur cette maladie, puis se penche sur le terrain lui-même et les questions et problèmes méthodologiques qu’il a soulevés. La deuxième partie décrit les points de vue et les pratiques des trois groupes d’acteurs confrontés à l’UB dans la région d’Ayos : l’hôpital et le personnel médical soutenus par l’ONG ALES, les malades et leurs proches, les guérisseurs traditionnels. Elle montre que ce problème sanitaire est perçu différemment par les acteurs : Le personnel soignant définit la maladie sous un angle biomédical, physiologique, dont l’origine, prouvée scientifiquement, provient de l’environnement naturel. Cependant, certains employés sanitaires adhèrent aux conceptions locales de la maladie. Ces dernières sont collectivement partagées par les malades, leurs proches et les guérisseurs. Pour eux, l’UB a plusieurs origines en lien avec des relations interpersonnelles de jalousie et de sorcellerie (« maladie mystique »), qui peuvent concerner l’ensemble de la communauté et son fonctionnement. Mais l’affection peut également provenir de l’environnement naturel (« maladie simple »). Pour l’hôpital, les notions de durée, de vitesse et d’efficacité sont centrales, car l’essentiel est de pouvoir soigner les patients le plus rapidement possible. Or, ces notions ne sont pas forcément primordiales pour les malades lors de l’épisode pathologique. De plus, l’infrastructure hospitalière considère les représentations populaires de l’UB comme un obstacle majeur au traitement biomédical et se place en opposition et en concurrence face aux soins traditionnels. Face à ces divergences, elle aimerait améliorer la situation de soins en instaurant une collaboration avec les guérisseurs et en agissant sur les conceptions locales. Pour atteindre cet objectif, l’hôpital a entrepris diverses actions (accès facilité au traitement, études diverses, campagnes informatives), qui ont eu un impact sur ses relations avec les divers acteurs locaux, sur leurs représentations et leurs pratiques face à la maladie. Cette recherche démontre que les étiologies véhiculées au sein de la population ont un caractère dynamique et qu’elles ne déterminent pas les itinéraires thérapeutiques. En effet, de multiples facteurs interviennent dans le choix et l’appréciation des soins (par exemple l’influence de l’entourage, les possibilités d’accès au traitement, l’expérience passée, etc.). Elle décrit les techniques de soins des guérisseurs et les rapprochements possibles avec l’infrastructure hospitalière. Elle révèle qu’il n’y a pas de concurrence entre eux, mais une ouverture possible pour une collaboration. Et surtout, elle met en avant des « lieux d’articulation » entre les trois groupes d’acteurs, c’est-à-dire des relations et des éléments communs dans la thérapie et dans certaines représentations, qui pourraient être exploités afin d’améliorer la lutte contre la maladie.