Faculté des lettres et sciences humaines

Dire la maternité célibataire : étude menée entre Casablanca et Rabat, Maroc

Tinouch-Stucki, Myriam ; Dahinden, Janine (Dir.)

Mémoire de diplôme universitaire : Université de Neuchâtel, 2004.

Au Maroc, la maternité célibataire se situe en marge de la loi et de la religion, deux cadres normatifs officiels. Ajoutée à ces normes extérieures, l’intériorisation de la honte et du contrôle social rend ce sujet sensible, délicat à approcher. Le non-dit, le tabou entourent la maternité célibataire et la mère célibataire, d’où la difficulté d’accéder à des mères non... Plus

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    Résumé
    Au Maroc, la maternité célibataire se situe en marge de la loi et de la religion, deux cadres normatifs officiels. Ajoutée à ces normes extérieures, l’intériorisation de la honte et du contrôle social rend ce sujet sensible, délicat à approcher. Le non-dit, le tabou entourent la maternité célibataire et la mère célibataire, d’où la difficulté d’accéder à des mères non mariées en dehors de structures associatives et la nécessité d’obtenir des autorisations officielles pour contacter divers acteurs susceptibles d’être en lien direct ou indirect avec des aspects concernant de près la maternité célibataire. La mère célibataire n’a pas de statut juridique, même si sa situation de vie ressemble à la situation d’une mère seule, divorcée, veuve, répudiée ou abandonnée. Mon étude s’attache dès lors à interroger son statut social en donnant la parole à des interlocuteurs appartenant à différents domaines : associatif, médical, religieux, politique, universitaire et juridique. Trois « cas » directement concernés par cette problématique et six interlocuteurs « isolés » complètent également les manières de dire la maternité célibataire. Les entretiens menés sur le terrain constituent le support analytique de cette interrogation. Explorés selon les récurrences ou les particularités discursives, les entretiens forment des discours emic sur la maternité célibataire. Les énoncés de « mes » interlocuteurs donnent corps aux caractéristiques attribuées à la mère non mariée, dont l’exclusion constitue une dimension importante. Ils expriment également leur positionnement par rapport à cette mère, dont l’innocence et la culpabilité sont imbriquées : elle a transgressé un interdit par une action honteuse ; la maternité célibataire et la filiation naturelle représentent une population précarisée et un désordre généalogique menaçant l’ordre social. Le père non marié, ou le géniteur a quant à lui été évoqué de manière marginale. Il devient un personnage « accessoire » après avoir engendré la grossesse. Les discours tendent à dévoiler un profil dominant de mère célibataire : le profil « misérabiliste » d’une mère exclue, assumant seule un enfant naturel unique. Ils révèlent également les enjeux liés à la sexualité, à l’interprétation de l’Islam, au (dys)fonctionnement du pouvoir et à l’engagement de contre-pouvoirs, notamment lorsqu’il s’agit de proposer des solutions postérieures ou antérieures à la maternité célibataire. Ainsi, « dire » la maternité célibataire est aussi une manière de « raconter » la société marocaine.