Faculté des lettres et sciences humaines

Migrations kikuyus : des pratiques sociales à l'imaginaire

Droz, Yvan ; Centlivres, Pierre (Dir.)

Thèse de doctorat : Université de Neuchâtel, 1998 ; 1438.

Se faire un nom, acquérir à la fois une certraine aisance matérielle et le respect des autres, considérer l'existence comme une trajectoire sur laquelle on se sent contraint de se déplacer ou de migrer physiquement ou socialement, tel est le principe explicatif des pratique sociales kikuyus. D'où le concept de schème migratoire pour rendre compte de cet irrépressible désir de... Plus

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    Résumé
    Se faire un nom, acquérir à la fois une certraine aisance matérielle et le respect des autres, considérer l'existence comme une trajectoire sur laquelle on se sent contraint de se déplacer ou de migrer physiquement ou socialement, tel est le principe explicatif des pratique sociales kikuyus. D'où le concept de schème migratoire pour rendre compte de cet irrépressible désir de réalisation de soi qui combine la recherche constante de profits matériels, sociaux et symboliques. Inscrit au coeur de la "société kikuyu" et associé aux trois régimes qui informaient la reproduction sociale (parenté, classes d'âge et générations), le schème migratoire était un principe de hiérarchisation sociale fondée sur la vertu individuelle. Le lien intime entre schème migratoire et ethos souligne les motifs sous-jacents aux pratiques sociales kikuyus : le désir d'une réalisation personnelle, gage d'une survie post-mortem garantie par la remémoration du nom. A l'origine, à l'ère précoloniale, la renommée découlait du défrichement de terre "vierges" qui associait à l'espace le nom des pionniers. Puis, lorsque les conditions socio-économiques et écologiques rendirent le procédé aléatoire, c'est l'obtention de titres scolaires ou d'un emploi qui caractérisèrent les stratégies d'accomplissement personnel. Aujourd'hui, c'est grâce à la foi, vivifiéee par des attentes millénaristes que l'on espère s'accomplir pleinemnt et gagner non seulement le salut éternel au jour du Jugement Dernier, mais également la reconnaissance terrestre de la mémoire liée au nom en fondant une nouvelle Eglise. Lorsqu'un même schème conceptuel se transpose des pratiques sociales concrètes à l'imaginaire religieux, l'étendue des relations sociales diminue et une vie éternelle individuelle se substitue à une immortalité sociale. Alors qu'auparavant , pour obtenir le statu de mûramati - cet homme accompli - la collaboration de l'ensemble du groupe familial était nécessaire, aujourd'hui, l'attente millénariste dépend essentiellement d'une foi individuelle. Il s'agit d'un basculement irréversible : si la richesse sociale et économique ne s'héritait que dans une faible mesure, les richesses matérielles sont maintenant indépendantes du contrôle moral ainsi, la redistribution suscitée par la compassion, au coeur de l'ethos kikuyu, est devenue incertaine : à l'instar des pratiques anti-sordcellaires, impuissantes à modérer cette dérive marchande.