Faculté de l'environnement naturel, architectural et construit ENAC, Section d'architecture, Institut du développement territorial INTER (Laboratoire de sociologie urbaine LASUR)

Les transformations de la maison des Bédouins du Néguev : le cas de Tel Shéva 1968-2002

Dezuari, Edgard ; Bassand, Michel (Dir.)

Thèse sciences Ecole polytechnique fédérale de Lausanne EPFL : 2003 ; no 2864.

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    Summary
    This thesis deals with transformations in the culture of the house (shapes, ways of life, representations of the houses by their inhabitants and their participation in their design). It focuses on houses built between 1972 and 2003 at Tel Shéva, the first in a series of seven planned resettlement towns developed for the Bedouin of the Negev desert (Israel). Today, half of them are living in planed towns while the other half remains on tribal sites, in more than one hundred unrecognised villages. The Bedouins (130 000 inhabitants) of the Negev began to settle in the first part of the 20th century. Throughout its second part they underwent profound transformations, including urbanisation. In the 1960-s, the State initiated a policy of Bedouin new towns in order to curb the development of the Bedouin shanty-villages, which were growing on the outskirts of Beer Shéva, the capital of the Israel's Southern district. In those Bedouin new towns, the inhabitants are free to build a family home on a 1000 m2 plot, as long as they respect neighbourhood regulations. They receive the land as freehold and the infrastructure is state subsidised. The architectural autonomy granted to the inhabitants of Tel Shéva is designed to allow them to build according to their specific needs. The social aspects of Bedouin rehousing in planned towns have been studied extensively, but, to our knowledge, no research has yet used the changes in house conception to illustrate the cultural transformations undergone by the Bedouin. Our typology of houses representing the stages of this evolution, relies on a framework for the study of adaptation to involuntary rehousing (refugees etc) drawn up by Scudder and Colson [1982]. They identify four steps in a rehousing operation: recruitment, transition, development and incorporation. For each step, we have tried to identify one type of dwelling. Informal housing in the first stage, reproductions of the previous environment –in the second; in the third, a hybrid model of modern housing including traditional elements, and original architecture corresponding to new values - in the final stage. This thesis creates a house typology of houses from the points of view of morphology, way of life, representations and inhabitant participation in design. We have defined four types: the "tent", the "standard house", the "catalogue house" and the "individualised house". The tent, and the shelters which followed it, were not planned housing. The behaviour of the inhabitant and the representations of the houses corresponded to traditional logic. In the "standard house" stage, the first rehoused inhabitants accepted any kind of dwelling so long as it was simple and cheap. Thus, they unquestioningly applied a standard model. During the "catalogue house" stage, the designers, attracted by the market of individual housing in Bedouin towns, introduced architectural variety, to match growing social differentiation. During the "individualised house" stage, in the early nineties, customers started demanding a role in the design of their houses: a practice initiated amongst the families and friends of several designers. At this point the individual house reflects the emergence of an individualised consciousness of one's identity revealing profound changes in culture and society.
    Résumé
    Cette thèse aborde les transformations de la culture de la maison (formes, pratiques d'habiter, représentations de la maison et participation des habitants à sa conception). Elle traite des maisons bâties entre 1972 et 2003 à Tel Shéva, la première d'une série de sept villes de relogement construites pour les Bédouins du Néguev (Israël). Les Bédouins du Néguev (130'000 habitants en 2003) se sont sédentarisés dans la première moitié du 20ème siècle. Ils ont subi au long de sa deuxième moitié des mutations culturelles profondes, dont le passage à l'urbain. Dans les années 1960, l'État d'Israël a initié une politique de villes nouvelles bédouines pour enrayer la croissance des villages-bidonvilles qui se développaient en périphérie de Beer Shéva, la capitale du Néguev israélien. Aujourd'hui, la moitié des Bédouins vit dans les villes planifiées alors que l'autre demeure sur les sites tribaux, dans les villages-bidonvilles non reconnus par l'État. Dans les nouvelles villes, les habitants sont libres de construire, selon le règlement de quartier, une maison familiale sur un terrain de mille mètres carrés. Ce dernier leur est remis en pleine propriété et la mise en place des infrastructures est subventionnée par l'État. L'autonomie architecturale laissée à l'habitant est censée lui permettre de construire selon ses besoins particuliers Les aspects sociaux du relogement des Bédouins dans les villes planifiées ont été extensivement étudiés, mais on n‘a pas, à notre connaissance, étudié les changements de la culture de la maison. Nous proposons une typologie de maisons, représentative de l'évolution sociale, qui s'appuie sur la théorie de l'adaptation au relogement involontaire (réfugiés, etc) de Scudder et Colson [1982]. Ces derniers divisent le processus de relogement en quatre étapes : celle du recrutement, celle de la transition, celle du développement et celle de l'incorporation. Pour chaque étape, nous avons identifié un type d'habitation. Dans la première, l'habitation est informelle ; dans la deuxième, elle tend à reproduire le cadre quitté (les tentes) ; dans la troisième, il s'agit d'un modèle hybride d'habitations modernes où se maintiennent quelques coutumes traditionnelles (comme l'absence de meubles), et dans la quatrième, l'architecture, désormais originale, correspond à des valeurs nouvelles, développées dans le nouvel environnement. Cette typologie est examinée du point de vue de la morphologie, des pratiques d'habiter, des représentations et de la participation des habitants à la conception. Notre hypothèse implique quatre stades d'évolution : la « tente », la « maison standard », la « maison des catalogue » et enfin la « maison individualisée ». La tente et les abris qui lui ont succédé ne faisaient pas l'objet de plans. Les comportements et les représentations relatifs à l'habitation correspondaient à la logique traditionnelle. Au stade de la « maison standard », les premiers habitants acceptaient tout, pourvu qu'elle soit simple et bon marché; ils appliquaient un modèle sans le remettre en question. Au stade de la « maison des catalogue », les concepteurs, attirés par le marché de la maison individuelle des villes bédouines, ont introduit la variété architecturale pour exprimer une différenciation sociale croissante. Au stade de la « maison individualisée », au début des années 1990, la participation à la conception de la maison, initiée par certains concepteurs pour leurs familles et leurs amis, a fini par être recherchée par le client. La maison individuelle reflète alors l'émergence d'une identité individualisée, révélatrice d'un changement culturel et social.