Faculté des lettres

Comment l'élève adolescent s'autorégule-t-il en situation de devoirs à domicile pour résister à la tentation de l'hyperconnexion? : Le rôle des caractéristiques individuelles et des composantes situationnelles

Trisconi, Estelle ; Gurtner, Jean-Luc (Dir.)

Thèse de doctorat : Université de Fribourg, 2019.

Les nouvelles technologies rendent possible une connexion permanente des adolescents avec le monde extérieur. Elles exercent une forte attractivité sur eux en raison du rôle qu’elles jouent dans la quête d’une reconnaissance sociale par les pairs. Par leur omniprésence, technicité axée sur l’instantanéité de la communication et enjeu de construction identitaire fort, les nouvelles... More

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    Résumé
    Les nouvelles technologies rendent possible une connexion permanente des adolescents avec le monde extérieur. Elles exercent une forte attractivité sur eux en raison du rôle qu’elles jouent dans la quête d’une reconnaissance sociale par les pairs. Par leur omniprésence, technicité axée sur l’instantanéité de la communication et enjeu de construction identitaire fort, les nouvelles technologies sont susceptibles de court-circuiter un quelconque effort mental qu’occasionnerait une tâche apprentissage, en particulier dans un contexte d’autorégulation tel que les devoirs à domicile. La présente étude vise à mesurer la faculté des adolescents, dans cette situation spécifique, à ne pas se laisser déconcentrer, ou à neutraliser autant que possible les sources de distraction. Elle a pour autre objectif de rendre compte des conséquences de cette potentielle intrusion sur la productivité des sujets et sur la manière qu’ils ont de s’autoréguler, deux composantes de l’activité d’apprentissage présumées comme étant en proie à un risque de détérioration. La recherche s’applique également à caractériser les stratégies utilisées par les apprenants ‘à l’ordinaire’’ pour se motiver et optimiser le rendement, c’est-à-dire non spécifiques à la question des nouvelles technologies ; de même, elle s’emploie à en mesurer l’étendue, en termes de fréquence et de durée. Pour chacune des dimensions étudiées, le sexe et le niveau scolaire sont postulés comme de possibles facteurs d’influence. L’étude combine deux méthodes de récolte et traitement des données, l’une d’ordre qualitatif basée sur des entretiens individuels semi-dirigés (N=19), et l’autre d’ordre quantitatif basé sur un dispositif expérimental (N=181) consistant en une reconfiguration sur support informatique d’une situation de concurrence entre des tâches scolaires et des stimuli de nature divertissante, chaque étape comportant par ailleurs un recueil de données par questionnaire de nature biographique et thématique. Les participants sont âgés entre 13 et 16 ans. De manière générale, les résultats apportent la preuve de la difficulté pour les sujets de gérer la présence d’un distracteur sans que ne soit impactée la qualité des processus d’apprentissage, le produit ou performance ne variant pas par ailleurs sous l’action des éléments perturbateurs. Le degré de résistance à la distraction, reconnaissable à plusieurs variables (ignorer les stimuli, minimiser les récidives, retarder le moment coïncidant avec la première réaction aux stimuli, limiter le temps passé au contact du distracteur), fait l’objet de différences par sexe, à la faveur des filles, et par niveau scolaire, à la faveur des élèves les plus qualifiés, mais alors uniquement, pour cette caractéristique individuelle-là, sur la proportion de temps passé sur le distracteur par rapport à l’activité d’apprentissage. Nos données montrent par ailleurs que la perméabilité au distracteur est accrue lorsque le sujet subit sa présence concomitamment à un exercice difficile – et long, et lorsqu’il entre dans une phase d’ennui dû à la monotonie des exercices ou à l’imminence de la fin d’activité. Dans ce cas précis, la présence d’éléments intrusifs a un effet négatif également sur le produit d’apprentissage.