Faculté de théologie

L'Eglise de l'Esprit du Christ : la relation ordonnée du Christ et de l'Esprit au mystère ecclésial : une lecture de Vatican II

Fejérdi, Áron ; de La Soujeole, Benoît-Dominique (Dir.)

Thèse de doctorat : Université de Fribourg, 2013.

Le Concile Vatican II présente la relation du Christ et du Saint-Esprit dans l’économie du salut comme étant une relation d’unité ordonnée qui n’exclut pas une certaine réciprocité. L’Esprit opérant intérieurement dans les âmes est nommé à plusieurs reprises l’Esprit du Christ. Il est donné par le Christ, il conduit à Lui et accomplit son oeuvre en général dans et par... Plus

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    Résumé
    Le Concile Vatican II présente la relation du Christ et du Saint-Esprit dans l’économie du salut comme étant une relation d’unité ordonnée qui n’exclut pas une certaine réciprocité. L’Esprit opérant intérieurement dans les âmes est nommé à plusieurs reprises l’Esprit du Christ. Il est donné par le Christ, il conduit à Lui et accomplit son oeuvre en général dans et par des éléments humains qui se réfèrent à l’humanité du Christ. Cet enseignement cohérent de l’unité ordonnée des deux Personnes envoyées dans le monde peut être davantage éclairé par la vision orthodoxe telle qu’elle apparaît chez un certain nombre de théologiens contemporains. Pour ces auteurs, l’unité du Christ et de l’Esprit est bien visible dans la source et la finalité de leur mission. Or, en ce qui concerne le mode d’accomplissement de ce salut, nos frères orthodoxes semblent rendre compte plus difficilement de l’unité profonde d’action entre les deux Personnes. Ils préfèrent parler d’un équilibre à garder en permanence entre le Christ et l’Esprit, mais cet équilibre est toujours fragile, car en accentuant le rôle de l’une des Personnes, ils craignent de diminuer la place de l’autre. Des documents de Vatican II et de cet éclairage par contraste que donne la pensée orthodoxe, il ressort à notre avis que le lieu de cette profonde unité entre l’action de l’Esprit et l’action du Christ se trouve en quelque sorte dans le mystère de l’humanité du Christ. C’est la notion et la structure de l’instrumentalité, héritées des Pères grecs, qui s’avèrent particulièrement aptes non pas à expliquer, mais à rendre compte du rôle propre de l’humanité du Christ dans le don de la grâce aux hommes, et qui permettent de percevoir l’unité d’action du Christ et de l’Esprit. En effet, si Dieu choisit un instrument pour atteindre les hommes, cet instrument servira d’une certaine manière pour toute la Trinité. L’humanité du Christ est donc également au service de l’Esprit qui la remplit et qu’elle communique ; nous constatons alors un concours harmonieux du Christ et de son Esprit dans la sanctification des hommes, dans et par l’humanité du Christ. C’est ainsi que l’action commune mais distincte du Christ et de l’Esprit dans le mystère de l’Eglise, tout en respectant l’analogie, peut être reformulée à partir de l’action et la présence de l’Esprit dans la sainte humanité du Christ. Le Corps mystique du Christ est oint de l’Esprit comme le Christ en son humanité l’a été et la participation de l’Eglise, par l’Esprit, à la mission du Christ va jusqu’à la participation à la transmission du Saint-Esprit Lui-même par l’Eglise. Il y a une certaine continuité entre l’humanité du Christ, remplie de son Esprit comme instrument du salut et l’Eglise, qui par le don de l’Esprit du Christ est sacrement universel du salut. Cette unité ordonnée entre le Christ et l’Esprit permet de considérer et de vivre dans une harmonie saine plusieurs aspects de la vie de l’Eglise qui sans cela pourraient être opposé
    Summary
    The Second Vatican Council presents the relationship between Christ and the Holy Spirit in the economy of salvation as a relationship of ordered unity, which does not exclude a certain reciprocity. The Spirit that operates internally in the souls is frequently called the Spirit of Christ. It is given by Christ, it leads to Him and it generally accomplishes his work in and through human elements referred to the humanity of Christ. This coherent teaching on the ordered unity of the two Persons sent into the world may be further clarified by the Orthodox vision as conveyed by a number of contemporary theologians. According to these authors, the unity of Christ and the Spirit is well visible in the source and the finality of their missions. However, with regard to the way this salvation is carried out, our Orthodox brethrens seem to find it more difficult to account for the profound unity of action between the two Persons. They prefer speaking of an equilibrium between Christ and the Spirit that must always be kept but this equilibrium is always fragile, because as they emphasize the role of one of the Persons, they fear of reducing the place of the other. From the documents of Vatican II and the contrasting light cast by Orthodox thought, it appears to us that the place of this profound unity between the action of the Spirit and the action of Christ is in a certain way in the mystery of Christ’s humanity. It is the notion and structure of instrumentality, inherited from the Greek Fathers, that prove themselves particularly well appropriate, not to explain, but to give account of the specific role of humanity in the gift of grace to man, and allows us to see the unity of Christ’s and the Spirit’s action. In fact, if God chooses an instrument in order to reach man, this instrument will somehow serve for the whole Trinity. Therefore the humanity of Christ is also at the service of the Spirit, which fills it and which in turn is communicated by it. Thus, we can notice a harmonious and contributive participation of Christ and his Spirit in the sanctification of man, in and through Christ’s humanity. Hence, the common and yet distinct action of Christ and the Spirit in the mystery of the Church, while maintaining the analogy, can be reformulated based on the action and presence of the Spirit in the holy humanity of Christ. The Mystical Body of Christ has been anointed by the Spirit just as Christ in his humanity had been, and the participation of the Church in Christ’s mission extends, through the Spirit, to the participation in the transmission of the Holy Spirit Itself by the Church. There is a certain continuity between the humanity of Christ, filled by his Spirit as instrument of salvation, and the Church which is a universal sacrament of salvation by the gift of the Spirit of Christ. This ordered unity between Christ and the Spirit enables us to consider and live several aspects of the life of the Church in a healthy harmony, which without it could be conflicting aspects.