Faculté des lettres et sciences humaines

"Je ne suis pas du genre à me laisser faire" : étude de trajectoires de vie de personnes trans à Tahiti

Pacifico, Julia ; Ghasarian, Christian (Dir.)

Mémoire de master : Université de Neuchâtel, 2018 ; 421.

Dans les cours d’histoire à Tahiti, on apprend aux enfants qu’avant l’arrivée des Européens, existait une catégorie sociale composée de ce qu’on appelait des mahu. Ces personnes avaient tou·te·s la spécificité d’être des hommes efféminés. Ancrée dans les discours sur l’histoire et les traditions polynésiennes, la transgenralité est pourtant aujourd’hui stigmatisée... Plus

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    Résumé
    Dans les cours d’histoire à Tahiti, on apprend aux enfants qu’avant l’arrivée des Européens, existait une catégorie sociale composée de ce qu’on appelait des mahu. Ces personnes avaient tou·te·s la spécificité d’être des hommes efféminés. Ancrée dans les discours sur l’histoire et les traditions polynésiennes, la transgenralité est pourtant aujourd’hui stigmatisée dans les interactions routinières. Entre légitimation culturelle et marginalisation sociale, les personnes trans MaletoFemale connaissent des trajectoires de vie bien particulière. Afin de comprendre leur réalité quotidienne j’ai tenté de saisir les dilemmes qui se posent à elles, les stratégies qu’elles mettent en place et les buts qu’elles poursuivent. En s’appuyant sur des théories concernant la construction du genre et la construction de la déviance, j’ai cherché à comprendre comment leur transgenralité s’articule avec leur marginalité. En analysant leur interaction au sein de leur cadre familial, avec les hommes, avec les autres trans et sur leur lieu de travail, j’ai pu constater que la transgenralité était stigmatisé non pas à cause du genre en lui-même mais à cause des comportements qui sont liés à l’idée de la transgenralité dans l’imaginaire collectif. Par honte du discrédit chacun·e préfère cacher aux yeux de la collectivité tout ce qui attrait aux trans. Dans ce contexte, il est difficile pour les personnes trans de construire leur féminité sans être directement stigmatisée par les autres. Leur trajectoire de vie se résume ainsi à devoir négocier constamment leur légitimité à être féminine et « normale » à la fois.