Travail social

Fugues en sol valaisan : phénomène mineur?

Frossard, Yannick ; Morard, Samuel ; Solioz, Emmanuel (Dir.)

Mémoire de bachelor : Haute Ecole de Travail Social, 2017.

La fugue ne constituant pas un délit pénal, aucune instance étatique n’est tenue d’établir des statistiques à ce sujet : jusqu’à maintenant, nul n’était en mesure de quantifier ce phénomène en Valais. Par « fugueur » est ici compris tout enfant âgé de moins de 18 ans qui quitte intentionnellement son lieu de vie sans l’accord des personnes responsables de lui, et dont la... Plus

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    Résumé
    La fugue ne constituant pas un délit pénal, aucune instance étatique n’est tenue d’établir des statistiques à ce sujet : jusqu’à maintenant, nul n’était en mesure de quantifier ce phénomène en Valais. Par « fugueur » est ici compris tout enfant âgé de moins de 18 ans qui quitte intentionnellement son lieu de vie sans l’accord des personnes responsables de lui, et dont la disparition fait l’objet d’une déclaration aux autorités. La présente étude vise à comprendre et à mesurer l’ampleur de la problématique des fugues d’enfants sur le territoire valaisan, tout en la mettant en relation avec d’autres recherches menées sur ce thème et avec la littérature internationale. Au niveau méthodologique, ce travail se construit autour de trois sources de données principales. Tout d’abord, la littérature scientifique – particulièrement européenne et anglo-saxonne – est étudiée, afin de mettre en exergue les connaissances empiriques relatives à la fugue. Ensuite, dans l’optique de les actualiser et de les adapter au contexte valaisan, des acteurs sociaux sont interrogés dans le cadre d’entretiens ; provenant de divers horizons professionnels, chacun apporte des éclairages sur ses pratiques et sur les procédures appliquées. Enfin, les données de la police cantonale valaisanne concernant les fugues sont présentées, puis analysées à la lumière de la littérature et des entretiens. Bien que la fugue soit un phénomène souvent banalisé et perçu comme « normal » à l’adolescence, les facteurs de risques associés sont nombreux (délits commis ou subis, suicidalité, etc.). Les causes à l’origine des fugues sont diverses : révolte, recherche d’autonomie, désir de changement, fuite devant une situation posant problème, etc. Lorsque ces situations sont annoncées à la police, elles sont inscrites dans le système national de recherche informatisé de police (RiPol). Cependant, toutes n’engendrent pas des recherches actives de la part des forces de police. Les résultats de cette étude montrent que durant la période 2014-2016, 1074 fugues ont été signalées aux autorités policières. En Valais, se produit donc près d’une fugue par jour ; en moyenne, 7 fugueurs sont en permanence signalés disparus. Par rapport à d’autres études, d’intéressantes similitudes en termes de genres, d’âges et d’occurrences sont observables. L’on dénombre 40 % de filles et 60 % de garçons, dont l’âge médian est de 15 ans. Ces situations sont le fait de 373 enfants : la question de la récidive est donc centrale. Les fugues durent en moyenne une semaine et se produisent principalement depuis des foyers (n=867), des domiciles (n=143) et des hôpitaux pédopsychiatriques (n=55). Chaque institution socio-pédagogique a mis en place un cadre clair définissant les procédures en cas de fugue ; tout comme observé dans d’autres pays, les signalements systématiques expliqueraient – du moins en partie – l’augmentation statistique des fugues ces dernières années. Cette étude démontre également que les disparitions de mineurs non accompagnés ne sont que rarement déclarées à la police. Sur ce point, il existe une différence de traitement entre les enfants suisses et requérants d’asile, ce qui constitue une violation des normes nationales et internationales de protection de l’enfance. En définitive, les résultats de cette recherche à caractère exploratoire contribuent à mieux appréhender le phénomène social de la fugue sous ses diverses facettes.