Faculté des sciences économiques et sociales

Le scepticisme du personnel infirmier envers les maladies infectieuses émergentes : héritage de la grippe pandémique A/H1N1

Maridor, Mathieu ; Bangerter, Adrian (Dir.)

Thèse de doctorat : Université de Neuchâtel, 2016 ; 2587.

La vaccination est le moyen le plus efficace pour prévenir et contenir la propagation du virus influenza (OMS, 2014). Le personnel infirmier est l’un des principaux groupes-cibles des recommandations de vaccination (CDC, 2006). Malgré cela, les taux de vaccination contre la grippe de ce groupe professionnel restent habituellement bas. La plupart des recherches investiguant la question de... Plus

Ajouter à la liste personnelle
    Résumé
    La vaccination est le moyen le plus efficace pour prévenir et contenir la propagation du virus influenza (OMS, 2014). Le personnel infirmier est l’un des principaux groupes-cibles des recommandations de vaccination (CDC, 2006). Malgré cela, les taux de vaccination contre la grippe de ce groupe professionnel restent habituellement bas. La plupart des recherches investiguant la question de l’aversion à la vaccination emploient les théories de perception du risque et du comportement de santé. La pandémie de grippe A/H1N1 de 2009 est l’une des nombreuses maladies infectieuses récentes auxquelles le public a été confronté. Celles-ci ont été souvent moins graves que prévu et ont suscité un sentiment de fatigue du risque (Liao & Fielding, 2014). Cette thèse investigue la présence et la nature des attitudes sceptiques envers les maladies infectieuses émergentes (MIE) parmi les infirmiers/ères, et la mesure dans laquelle leur décision de vaccination sont aussi dues à l’adoption de telles attitudes. Le scepticisme envers les MIE se manifeste par des doutes quant au réel danger que représentent les maladies émergentes, ainsi que par de la méfiance dans les institutions censées lutter contre elles. L’étude 1 explore la façon dont les infirmiers/ères ont vécu la campagne de vaccination lors de la pandémie de grippe de 2009 et demande si les souvenirs de cet épisode révèlent des attitudes sceptiques envers les MIE. Cinquante-huit infirmiers/ères diplômé(e)s de quatre hôpitaux de Suisse romande ont été interviewé(e)s sur leur lieu de travail entre 2011 et 2012. Dans les mêmes hôpitaux, onze organisateurs des campagnes de vaccination ont également été interviewés afin d’observer des différences de perception de l’épisode pandémique et de la vaccination. Les résultats confirment la présence d’attitudes sceptiques parmi les infirmiers/ères, lesquelles se détachent des attitudes rationalistes des organisateurs des campagnes de vaccination. Au travers d’une étude transversale par questionnaire effectuée en 2013 auprès de 334 infirmiers/ères, employant une nouvelle échelle mesurant le scepticisme envers les MIE, l’étude 2 demande si le scepticisme envers les MIE constitue un prédicteur supplémentaire des intentions de vaccination du personnel infirmier contre la grippe saisonnière et pandémique, au-delà d’autres déterminants de vaccination connus, tels que les habitudes de vaccination, la perception du risque et la perception de la vaccination contre la grippe en tant que devoir professionnel. L’étude 2 se demande en outre si l’effet d’expériences négatives avec des pandémies passées sur les intentions de vaccination contre une future grippe pandémique transite par l’effet indirect du scepticisme envers les MIE. Les résultats montrent que le scepticisme affecte les intentions de vaccination du personnel infirmier à la fois contre la grippe saisonnière et contre une future grippe pandémique. Les expériences négatives avec des pandémies passées ont vraisemblablement forgé des attitudes sceptiques envers les MIE, qui, à leur tour, sont susceptibles de réduire les intentions de vaccination des infirmiers/ères contre une nouvelle grippe pandémique. Cette thèse présente et discute différentes contributions théoriques, de même que des pistes pour de futures recherches. Enfin, ce travail propose quelques implications pratiques.
    Summary
    Vaccination is the most efficient way to prevent and contain the propagation of influenza viruses (OMS, 2014). Nurses are one of the main target groups for vaccination recommendations (CDC, 2006). However, nurses’ vaccination rates against influenza remain recurrently low. Much research has investigated nurses’ vaccination reluctance using theories of risk perception and health behavior. The 2009 H1N1 pandemic is one of the several recent recurrent emerging diseases people had to be confronted with, which has been less severe than predicted, and perhaps has led to risk fatigue (Liao & Fielding, 2014). This thesis assessed the presence and the nature of skeptical attitudes towards emerging infectious diseases (EIDs) among nurses, and whether nurses’ vaccination decisions are also due to the adoption of such attitudes. Skepticism towards EIDs is manifested by doubts about the real threat of emerging diseases and distrust in institutions engaged in the fight against them. Study 1 explored how nurses experienced the 2009 pandemic vaccination campaign and whether remembering the pandemic episode may reveal skeptical attitudes towards EIDs. Fifty-eight registered nurses of four hospitals of the French-speaking part of Switzerland were interviewed at their workplaces between 2011 and 2012. Eleven professionals in charge of vaccination campaigns from the same hospitals were also interviewed to observe potential differences in perceiving the pandemic episode and influenza vaccination. Results confirmed the presence of skeptical attitudes among nurses, which were different from the rationalist attitudes of persons in charge of vaccination campaigns. Through a cross-sectional questionnaire study among 334 Swiss nurses in 2013 using a new developed scale measuring skepticism towards EIDs, Study 2 assessed whether skepticism towards EIDs constitutes an additional predictor of nurses’ vaccination intentions against seasonal and pandemic influenza, after having controlled for other known determinants of influenza vaccination, such as vaccination habits, feeling at risk to catch the disease, and perceiving vaccination as a professional duty. Study 2 also investigated whether effect of negative past experiences with pandemics on vaccination intentions for a future pandemic transits trough the indirect effect of skepticism towards EIDs. Results showed that skepticism affected nurses’ vaccination intentions for both seasonal and pandemic influenza. Negative experiences with past pandemics may have forged skeptical attitudes towards EIDs, which in turn may reduce nurses’ vaccination intentions for a future pandemic influenza. Theoretical contributions as well as future research directions are discussed. Finally, practical implications are proposed.