Faculté des lettres et sciences humaines

La porosité d'une oeuvre : étude des phénomènes de mue, de mimétisme et de passage dans Villa Amalia (2006) de Pascal Quignard

Studer, Nadia ; Sangsue, Daniel (Dir.)

Mémoire de master : Université de Neuchâtel, 2011.

Les frontières, les contours, les membranes, les peaux sont autant de limites spatiales qui dessinent et déterminent les êtres et les choses. L’œuvre de Pascal Quignard dépeint, parmi d’autres thématiques, l’incroyable porosité de ces différentes structures et les nombreuses possibilités de les traverser. Bien que ce mémoire gravite autour de plusieurs ouvrages de Quignard, il... Mehr

Zum persönliche Liste hinzufügen
    Résumé
    Les frontières, les contours, les membranes, les peaux sont autant de limites spatiales qui dessinent et déterminent les êtres et les choses. L’œuvre de Pascal Quignard dépeint, parmi d’autres thématiques, l’incroyable porosité de ces différentes structures et les nombreuses possibilités de les traverser. Bien que ce mémoire gravite autour de plusieurs ouvrages de Quignard, il s’attache spécialement à Villa Amalia (2006) et y examine trois aspects du phénomène du passage. Premièrement, l’analyse souligne que l’évolution identitaire des personnages (en particulier celle du personnage central, Ann Hidden) s’effectue par des mues physiques, vestimentaires et psychologiques qui leur permettent de « déborder » d’eux-mêmes en franchissant la frontière que constituait leur ancienne peau. Deuxièmement, en considérant les voyages réalisés par Ann Hidden au cours du récit, le présent travail met en lien ses mues avec ses déplacements et observe un processus d’extension de l’espace géographique parcouru. Ce travail étudie troisièmement le sujet de la transparence et celui du personnage « fantomatisé ». Il s’agit en effet de montrer que les métamorphoses successives des êtres provoquent un amincissement de leur peau et une consomption de leur corps, transformation qui les fait entrer en contact direct avec le paysage et les pousse à s’y fondre par mimétisme. C’est en cela que la question de l’inclusion de l’homme dans la nature est partout présente, de même que celle des subtiles relations d’influence entre le/les monde(s) intérieur(s) au personnage et le/les monde(s) extérieur(s). La perte progressive de la substance des êtres accroît leur capacité à passer les frontières et les espaces intermédiaires, y compris l’espace entre deux narrations, deux livres, voire deux vies… Cette constatation traduit l’existence d’une forme de réincarnation des personnages et des objets, non seulement au sein des ouvrages de Quignard pris séparément, mais également dans l’ensemble de son œuvre en ce qu’il tisse des ponts entre ses livres. Les problématiques de la mue, du mimétisme et du passage sont traitées dans une optique visant à lier l’analyse formelle à l’analyse thématique, notamment en interrogeant le choix de la forme du « roman-fragmenté » pour Villa Amalia et en proposant une interprétation de ce choix. Ce mémoire accorde enfin une attention toute particulière à la poétique dégagée autant par le style d’écriture de Quignard que par la récurrence des thématiques mentionnées, une poétique profonde et omniprésente qui agit comme une petite barque menant l’âme du lecteur sur d’autres rives.