Faculté des sciences

Encéphalite à tiques en Suisse

Burri, Caroline ; Gern, Lise (Dir.)

Thèse de doctorat : Université de Neuchâtel, 2011 ; 2203.

L’encéphalite à tiques (TBE) est une maladie qui touche le système nerveux central causée par un virus (TBEV) qui est principalement transmis par des tiques du genre Ixodes. Présent uniquement sur le continent eurasien, la particularité du TBEV est de se localiser sous forme de foyers. En Suisse, on parle de foyer lorsqu’au minimum 3 cas cliniques ont été déclarés auprès de... More

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    Résumé
    L’encéphalite à tiques (TBE) est une maladie qui touche le système nerveux central causée par un virus (TBEV) qui est principalement transmis par des tiques du genre Ixodes. Présent uniquement sur le continent eurasien, la particularité du TBEV est de se localiser sous forme de foyers. En Suisse, on parle de foyer lorsqu’au minimum 3 cas cliniques ont été déclarés auprès de l’Office fédéral de la santé publique dans un rayon de 10 à 15 Km et/ou si des tiques infectées par le TBEV sont détectées. De 1969 à 2005, tous les foyers de TBEV étaient regroupés dans le nord et l’est de la Suisse. Cependant, en 2006, de nouveaux foyers ont émergé à l’ouest du pays avec l’apparition de cas sporadiques, notamment dans la Plaine de l’Orbe/VD. Cette étude a permis de confirmer l’endémicité de cette région par la détection du TBEV chez les tiques en quête dans 5 (Agiez, Vugelles, l’Abergement et deux sites à Montcherand) des 26 sites investigués avec une prévalence de 0.1% (6/6120) variant de 0.29-0.59% selon les sites.
    Parallèlement, on a observé une augmentation du nombre de cas de TBE principalement en 2006, phénomène également rencontré dans d’autres pays européens. Les raisons de cette augmentation ont tout d’abord été attribuées aux changements climatiques qui auraient favorisé la survie de la tique Ixodes ricinus. Néanmoins, notre étude a montré que cette augmentation n’était pas directement liée à un réchauffement climatique mais semblait plutôt liée à un changement du comportement humain. En réponse à une augmentation des températures observées en 2006, l’être humain aurait augmenté les contacts avec des tiques infectées en se rendant plus fréquemment en forêt.
    On sait cependant que le climat peut exercer une influence sur le comportement des tiques et favoriser le principal mode de transmission du TBEV, le « co-feeding » : le TBEV est transmis à des larves par des nymphes infectées. Néanmoins, en raison des conditions microclimatiques extrêmes observées au printemps 2007 dans certains sites étudiés du canton de Berne (Belp, Kiesen, Trimstein), une partie de la population de nymphes en quête a souffert de dessiccation. Ceci a eu pour conséquence de diminuer la proportion de rongeurs infestés par des larves et des nymphes réduisant ainsi les chances de transmission par « co-feeding ». Des printemps chauds à répétition pourraient donc faire disparaître des foyers de TBEV à certains endroits comme l’avait prédit Randolph (2001).
    Nous avons également recherché la présence du TBEV dans le canton de Berne par l’analyse de tiques en quête et de tiques nourries sur des rongeurs. Dans deux sites connus pour héberger le TBEV (Thun et Belp), la prévalence du TBEV chez les tiques en quête était de 0.14%-0.2%, respectivement. Concernant les deux autres sites dont le statut de foyer était inconnu, le TBEV a pu être mis en évidence pour la première fois chez des tiques en quête à Kiesen avec une prévalence de 0.04% contrairement à Trimstein où sa présence n’a pas pu être démontrée. Tous les foyers identifiés ont par ailleurs été confirmés par la présence d’anticorps anti-TBEV dans le sérum de micromammifères. Pour la première fois, nous avons pu analyser individuellement des tiques nourries sur un rongeur (Apodemus flavicollis) et avons observé une prévalence de 11.9%.
    Enfin, nous avons détecté des pathogènes émergents chez des tiques de micromammifères capturés dans les 4 sites du canton de Berne avec une prévalence de 9.7%. Nous avons identifié Rickettsia helvetica (7.1%), R. monacensis (0.2%), Babesia microti (1.7%) et B. venatorum (0.5%). Anaplasma phagocytophilum n’a pu être identifié que chez des tiques en quête (2%) à Kiesen. La présence de ces pathogènes montre qu’il existe un risque potentiel pour l’être humain de se faire infecter d’où l’intérêt d’attirer l’attention du corps médical sur les risques qui y sont associés.