Soins infirmiers

Soins infirmiers à domicile et pratiques traditionnelles et populaires de soins dans les régions jurassiennes et neuchâteloises : reconnaître les pratiques traditionnelles et populaires de guérison de la clientèle, quel avantage pour les professionnels des services de soins infirmiers à domicile ?

Merlotti, Vincent ; Pham, Patricia (Dir.)

Mémoire de diplôme HES : Haute Ecole de Santé Valais, 2008.

Je suis né en Ville de La Chaux-de-Fonds, capitale des Montagnes neuchâteloises et célèbre cité horlogère. Ensuite, j’ai habité successivement la ville de Neuchâtel, le Val-de-Ruz et le Val-de-Travers. Les principaux souvenirs de vie comme de vacances que je conserve encore aujourd’hui en mémoire de ma période d’enfance, ont été principalement marqués par les moments de... Plus

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    Résumé
    Je suis né en Ville de La Chaux-de-Fonds, capitale des Montagnes neuchâteloises et célèbre cité horlogère. Ensuite, j’ai habité successivement la ville de Neuchâtel, le Val-de-Ruz et le Val-de-Travers. Les principaux souvenirs de vie comme de vacances que je conserve encore aujourd’hui en mémoire de ma période d’enfance, ont été principalement marqués par les moments de détente passés en famille dans les verts pâturages de la région jurassienne. Il est vrai que j’ai déroulé le plus clair de mon chemin de vie dans cette vaste contrée que l’on appelle aujourd’hui plus communément l’Arc jurassien et qui comprend, outre le canton même du Jura, celui de Neuchâtel, le Jura bernois, ainsi que les parties hautes des cantons de Vaud et de Genève, pour se terminer par deux autres régions situées l’une au nord, en France voisine (la Vallée du Doubs et le territoire de Belfort) et la seconde à l’est, frontière avec l’Allemagne (le canton de Bâle). De ce fait, j’ai depuis toujours été imprégné par la culture, les us et coutumes, les croyances, les traditions, les habitudes de vie et les pratiques populaires de cette belle région, complète à souhait, car à la fois sauvage et paisible, montagneuse, vallonnée et lacustre. Pour la réalisation de mon mémoire de fin d’études en soins infirmiers, mon souhait a été dès le départ de traiter le sujet des pratiques traditionnelles et populaires de soins mobilisées depuis bien longtemps par une population que je connaissais bien, celle de ma région d’origine, pour guérir les maux dont elle souffrait. L’idée m’est alors venue de mettre en relation le domaine des pratiques traditionnelles et populaires de soins avec celui des soins infirmiers. En effet, tous les deux font partie du vaste concept de la santé des personnes, même si le premier n’est pas officiellement reconnu comme l’est le second ! Mon choix a été conforté par la lecture des ouvrages déjà existant et ayant rapport de près ou de loin avec le sujet, notamment ceux de : Mmes N. Farine et I. Plomb (infirmières), Mme N. Fleury (conservatrice de musée, anthropologue), Mme C. Marin-Blondel (auteure d’une thèse de doctorat) et M. J. Debons (auteur d’un mémoire en sciences sociales). « Le regain d’intérêt pour les médecines parallèles ou autres pratiques de guérison, distinctes de la médecine savante, a conduit à attirer l’attention sur des pratiques traditionnelles de guérison ». Pour initier ma démarche, je me suis inspiré d’une situation emblématique, vécue en stage de formation pratique. En effet, à l’époque, j’avais choisi d’effectuer cette période d’apprentissage au sein d’un service de soins infirmiers libéral (à domicile), dont l’offre en soins s’adressait à des personnes d’âges variés (entre 20 et 80 ans) et présentant diverses problématiques plus ou moins complexes (soins d’hygiène de base, réfection et suivi de pansements, suivis d’opérations HAD, réadaptation, dialyse péritonéale, chimiothérapie, soins psychiatriques relationnels…). La situation emblématique vécue fut la suivante : chaque jour, nous devions assurer un suivi chez une patiente âgée de près de nonante ans et qui souffrait d’ulcères variqueux ouverts. Le médecin généraliste, avait ordonné un protocole de traitement, principes actifs per os et sous forme topique, de même que des pansements quotidiens terminés généralement par un bandage de la région traitée. A chacun de nos passages, la patiente avait retiré, bandages et traitements divers, pour les remplacer par des feuilles de choux ou d’autres substances naturelles, en nous expliquant que de toute façon, elle s’était toujours soignée ainsi et que ce n’était pas nos "moyens et façons de faire modernes" qui la feraient modifier ses habitudes et abandonner ses traditions de soins ! L’infirmière que j’accompagnais esquissait toujours un sourire, validait les propos de la vieille dame, lui donnait les explications utiles à la compréhension de la problématique (risques importants d’infection, douleurs vives, péjoration des plaies, étendue des lésions…), puis retirait les substances diverses et variées qui recouvraient les blessures et reprenait patiemment le protocole de soins depuis le début ! Sur le chemin du retour, une foule de questions me traversait l’esprit (us et coutumes, argumentation, actions et réactions de la patiente, validation, explications gestes techniques, aspects relationnels de la soignante) et ce vécu me donna l’impulsion de départ pour mon questionnement de recherche sur les pratiques populaires de guérison en lien avec celle des soins infirmiers, plus spécifiquement les services de soins à domicile. Mon choix d’investiguer ce type de service, s’appuie principalement sur le fait que leur spécificité est justement que les professionnels qui y travaillent se déplacent au domicile de leurs patients pour y dispenser leurs actions soignantes, ceci leur permettant d’être en relation directe avec l’univers propre, les habitudes de vie en général et de soins en particulier, ainsi qu’avec toute la sphère culturelle et traditionnelle de leurs clients. Et il faut bien reconnaître que cette particularité est certes moins présente au sein des unités intra hospitalières, dans lesquelles la dynamique de prise en soins par les professionnels infirmiers est différente, en ce sens que ce sont les patients qui se déplacent dans l’univers des soignants pour y être pris en charge. De ce fait, ils abandonnent en quelque sorte leur environnement direct, connu et rassurant, de même que tout ou partie de leurs habitudes de vie et de soins, généralement mobilisées à domicile, au sein de la famille. Ainsi tous les ingrédients pour la réalisation de mon travail de diplôme étaient en partie réunis et je pouvais dès lors me poser une question de recherche et initier l’ensemble de ma démarche.