Faculté des lettres et sciences humaines

Discours, pratiques et représentations autour de la contraception médicalisée au Bénin : regard anthropologique sur la fréquentation d’une clinique privée à Abomey

Jobin, Florine ; Hertz, Ellen (Dir.)

Mémoire de diplôme universitaire : Université de Neuchâtel, 2008.

La contraception est une des pratiques rattachées au phénomène universel de la gestion de la fécondité, conjointement à l’avortement, l’infanticide et la lutte contre la stérilité. La contraception médicalisée est d’origine occidentale et biomédicale. Elle comprend les méthodes contraceptives hormonales et le stérilet, qui nécessitent théoriquement l’intervention d’un... Plus

Ajouter à la liste personnelle
    Résumé
    La contraception est une des pratiques rattachées au phénomène universel de la gestion de la fécondité, conjointement à l’avortement, l’infanticide et la lutte contre la stérilité. La contraception médicalisée est d’origine occidentale et biomédicale. Elle comprend les méthodes contraceptives hormonales et le stérilet, qui nécessitent théoriquement l’intervention d’un agent de santé. Ces méthodes ont été introduites en Afrique depuis plusieurs décennies. De plus en plus utilisées au Bénin, elles restent cependant minoritaires par rapport aux autres méthodes, locales ou naturelles. A la croisée entre l’anthropologie du développement, l’anthropologie du genre et l’anthropologie médicale, ce travail cherche à comprendre pourquoi la contraception médicalisée est encore faiblement appropriée par les populations locales au Bénin. Il se fonde sur l’observation quotidienne, pendant quatre mois, de la fréquentation et des activités d’une clinique privée à Abomey, spécialisée dans la planification familiale et financée par une ONG internationale. Partant du constat que les adolescentes fréquentent peu cette ONG, il s’interroge sur la diversité des représentations sociales (sur la sexualité, la fécondité et la contraception médicalisée elle-même) sous-jacentes à la pratique contraceptive, aussi bien du côté du personnel médical que du côté des usagers. Soucieux de ne pas tomber dans un culturalisme réducteur, ce travail met ainsi en évidence la manière dont la contraception médicalisée - et les soubassements idéologiques qui la fonde dans les discours officiels - sont réappropriés par les différents acteurs (promoteurs, utilisateurs et résistants), qui leur donnent un contenu de sens variable et en font une utilisation différente, en fonction de leur statut et de leur position dans la société. Ces processus de réappropriation et de réinterprétation de la contraception médicalisée donnent lieu à des effets pour le moins inattendus: plutôt que de favoriser une émancipation de la femme (argument féministe), ils renforcent, dans certains cas, la domination masculine et l’inégalité des rapports de genre; et plutôt que de protéger les jeunes filles des grossesses à risques (argument de santé publique), ils participent à leur exclusion de l’accès à la contraception médicalisée.