Faculté des lettres et sciences humaines

Typologie et évolution de l’habitat rural dans le Jura et sur le plateau de Suisse occidentale

Glauser, Daniel ; Chiffelle, Frédéric (Dir.)

Thèse de doctorat : Université de Neuchâtel, 2008 ; Th.2031.

Cette thèse, basée sur un inventaire systématique et la publication des ouvrages de la collection Les maisons rurales de Suisse (VD et NE), est dévolue à l’analyse des formes d’habitat observées dans le Jura et sur le Moyen-Pays de Suisse occidentale. Les aspects de l'architecture paysanne sont mis en relation avec le cadre de vie, la forme et l'organisation des territoires, la... Plus

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    Résumé
    Cette thèse, basée sur un inventaire systématique et la publication des ouvrages de la collection Les maisons rurales de Suisse (VD et NE), est dévolue à l’analyse des formes d’habitat observées dans le Jura et sur le Moyen-Pays de Suisse occidentale. Les aspects de l'architecture paysanne sont mis en relation avec le cadre de vie, la forme et l'organisation des territoires, la structure du bâti, la typologie des maisons et leur évolution dans une perspective géographique, historique et archéologique. Trois hypothèses ont guidé cette synthèse: - La première met en relation la répartition des fermes dans l'espace avec les influences naturelles et humaines. La forme des territoires et les structures du bâti soulignent le rôle joué par la topographie. Les espaces ouverts de plaine génèrent des territoires alvéolaires avec des villages concentrés. Lorsque le relief se marque, les communes deviennent plus ou moins orthogonales ou se développent en lanières sur les versants. Outre la répartition géographique, la variation dans le temps contribue à différencier les formes de colonisation. Les territoires élevés du Jura et du Jorat ne sont défrichés qu’à partir du Moyen Age. Les habitats s'y organisent selon diverses formes de dispersion. - La deuxième hypothèse s'attache à considérer la maison rurale comme le résultat de multiples influences naturelles et humaines notamment avec l'évolution climatique et les progrès agricoles. La répartition dans le temps et dans l'espace constitue un facteur de différenciation qui permet l'établissement d'une typologie. Le Moyen-Pays se caractérise par des fermes à répartition transversale des travées par rapport au faîte du toit comptant généralement deux niveaux. Dans les Juras vaudois et neuchâtelois, l'architecture rurale ancienne est le fait des toitures à faible pente couvertes en bardeaux et la présence d'un seul niveau. La partie SO du Jura se distingue par des fermes à pignons latéraux, aux faîtes de toiture perpendiculaires à la pente du terrain, alors qu’au NE, les faîtes sont parallèles à la pente avec les pans orientés face aux vents dominants; il y caractérisent les fermes à pignon frontal, Les conditions climatiques ou l'implantation dans le terrain ne suffisent pas à expliquer ces distinctions; l’influence d’organisations sociales et familiales différentes et le jeu des influences culturelles avec les régions proches doivent être prises en compte. - La troisième hypothèse met en évidence les influences régionales sur les types de fermes, des phénomènes d'imitation et tente de déceler des filiations. La maison a progressivement et fondamentalement changé d'aspect durant ces deux derniers siècles. Le volume et le nombre de travées augmentent partout. Au SO du Jura, les fermes sont systématiquement rehaussées à partir de la fin du 18e s, alors qu’au NE, les anciennes fermes à pignon frontal font l’objet, à partir du début du 19e s, soit de surélévations, soit d’un retournement de leur toiture avec l’ajout d’un étage pour devenir à pignons latéraux. Les chalets d'alpage appartiennent à un corpus étranger au Jura qui ne se réfère que rarement à l’architecture des maisons paysannes locales. On décèle une véritable filiation avec les Préalpes fribourgeoises. Les anciens chalets, entièrement en bois, correspondaient à une production fromagère qui semble disparaître au 18e s. Les nouveaux bâtiments sont en maçonnerie de moellons avec une chambre à lait dans l’angle NE pour lever la crème de la traite du lait du soir et fabriquer le gruyère. Au cours du 19e s, les constructions évoluent sur les bases jetées au siècle précédent. Les particularismes locaux sont progressivement gommés au profit de modèles véhiculés depuis les années 1920 par les grandes organisations agricoles comme l'Union suisse des paysans. L'évolution de ces cinquante dernières années conduit à la disparition des exploitations traditionnelles au profit des fermes de colonisation en habitat dispersé.